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toute la vérité sur moi-même
Journal intime

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TchatcheBlog: toute la vérité sur moi-même

Catégorie : Journal intime
Créé le :  28 avr. 2004 17h39 nanis
Modifié le :  27 juil. 2008 13h10
Visité :  13133 fois Cette semaine :  4 fois

Description :
Des morceaux de ma vie, depuis trois ou quatre ans déjà... Des joies, des peines, des ptites culottes trouées, des soirées trop arrosées, des erreurs plus grosses que moi-même, des mensonges que je n'aurai jamais dû faire, des rencontres, des textos cochons, des déceptions, des innondations, des morts du pape, des traversées du désert, des pannes d'inspiration, des chasses à la souris, des grandes émotions, des gens biens, des gens beaux, des "maynard", des mano, des poulette, des déménagements, des idiots, des lâchetés, des faiblesses, des doutes, des amis, des folies, des fans en délire, des blagues, des coups de coeur et des coups de gueule...
Entrez sans frapper, la porte est ouverte..


Carton plié, rempli, scotché, étiqueté. Carton plié, rempli, scotché, étiqueté. Carton plié, ...
Créé le : 09 mai 2008 14h22 Article posté par : Web


Bonjour bonjour les amis coment allez vous avec ce temps qu'on sait plus comment s'habiller tout ça.

Bon, je profite de ma pause café avant de retourner à mes cartons (purée, j'aurais jamais pensé que j'avais autant de produits de beauté... Un carton entier ultra plein, et encore parce que j'ai réussi à tout serrer pour pas en prendre deux -la honte) pour passer vite fait ici.
J'ai terminé une nouvelle, plus bizarre que la précédente, et pas forcément encore bien aboutie, deux-trois détails linguistiques seraient à peaufiner, mais je vous la confie.
Comme toujours, j'attends de vous le tiercé gagnant : exigence, indulgence, honnêteté!

Cette fois, la première phrase vient de "Branchies" de Niccolo Ammaniti, un jeune auteur italien très en vogue que j'aime beaucoup. A lire pour son univers déjanté et décalé.

                            "Bête et Méchant"

Les salamandres sont capables de retrouver leur trou avec une précision surprenante.

Depuis la  mort de son mari, Jacqueline, elle, semblait ne plus retrouver le sien. On la voyait déambuler dans les rues, vêtue de noir des pieds à la tête, son visage dissimulé derrière une mantille sombre qui y jetait des ombres inquiétantes. Certains disaient que c’était son veuvage qui l’avait rendue folle. D’autres qu’elle l’avait toujours été. Mais ce que l’on entendait le plus sur elle, c’était que c’était elle qui avait mis la mort-aux-rats dans le bol de soupe de son mari.

Forcément, elle avait toujours été marginale. On ne lui connaissait ni famille ni amis et personne n’osait lui adresser la parole, tant elle éveillait crainte et méfiance en tous ceux qu’elle croisait. Elle vivait tout au bout du village, dans une petite maison à toit de chaume envahie par l’humidité. La façade en pierre, typique de cette région de Bretagne, était incrustée de lierre grimpant et on n’y distinguait plus que les fenêtres, basses et étroites, qui émergeaient du feuillage vert comme deux yeux de part et d’autre d’un long visage.

L’endroit comme sa propriétaire alimentaient de nombreuses rumeurs : les commères du village disaient que, malgré sa pauvreté affichée, elle cachait de l’or sous son matelas, et que, si on jetait un œil dans ses armoires, on trouverait des cadavres. Elles racontaient aussi à qui voulait l’entendre que, parfois, en pleine nuit, on entendait des cris.

Elle vivait avec un chat blanc à poils longs, Cassius, gras et gros, qui, lui, avait toutes les faveurs du voisinage. La pauvre bête était l’objet de ses délires depuis qu’elle était veuve, et on le voyait au matin, encore tout étourdi des sévices de la nuit, des touffes de poils en moins, venir accorder quelques caresses aux voisines. Il restait longuement couché sur le seuil de leurs maisons, nonchalant, prenant le soleil. De temps en temps, il se léchait les pattes avant en ronronnant, sortant ses griffes et secouant sa longue queue touffue de gauche à droite comme pour se faire un peu d’air. Puis il se levait enfin, s’étirait de tout son long, interminablement, et se dirigeait à pas lents et feutrés vers une nouvelle maison. A chacun de ses déplacements, sa masse graisseuse se parait tout à coup d’une grâce majestueuse, et plus d’une fois on l’avait comparé à un sphinx. Il incarnait l’idéal mythologique de l’Etre supérieur qui souffre en silence et reste fidèle, rentrant chaque nuit chez sa propriétaire indigne et violente, comme pour la protéger d’elle-même. Si bien que les voisines ressentaient à la fois de la pitié et une admiration sans bornes pour lui, et lui réservaient toujours de petites attentions : qui un bol de lait et quelques morceaux de viande, qui les restes d’un poisson bien gras, qui du pâté de lapin. Il était devenu au fil du temps une sorte d’icône, un élément central de la vie du village, et, chaque matin, elles observaient l’animal, la tête entre les rideaux, pour voir quelle maison aurait l’honneur d’être choisie pour le premier repas. Lorsqu’il arrivait chez l’une d’entre elles, se couchait, brave et noble, sur le seuil en attendant qu’on daignât lui apporter sa pitance, les autres regardaient l’hôte choisie avec envie et elle savait qu’elle serait jalousée jusqu’au lendemain matin. Il avait souvent été la cause de petites remarques assassines, ce qui ne troublait en rien la qualité de son sommeil diurne.

Depuis la mort de son mari, Jacqueline passait donc le plus clair de son temps à marcher dans les rues. Régulièrement, un grognement jaillissait de dessous la mantille, et elle éructait « Lâche-moi, tu m’auras pas, j’suis de la vieille carne, moi » d’une voix rauque à l’accent patois prononcé. Parfois, elle insultait son interlocuteur imaginaire, et les voisines s’empressaient alors d’éloigner les enfants, tant l’amplitude de son vocabulaire grossier était large. Dans les pires moments, elle allait même jusqu’à donner de violents coups dans le vide, ou sur les passants, petits coups de poings rageurs ou coups de pieds bien sentis, ce qui terrifiait le village. On l’avait retrouvée une fois, en sang sur le sol, battant des jambes et des bras, râlant et grognant, les vêtements déchirés et le verbe bien affirmé. C’était Cassius qui avait prévenu les voisines par ses miaulements répétés et les avait menées jusqu’à sa maîtresse aux pieds de laquelle il s’était couché le temps qu’on la soigne malgré elle. Et il avait supporté sans broncher les insultes qu’elle lui avait lancé : « Saloperie de bête, saleté, vire-toi de là, me touche pas, j’te tuerai, j’t’arracherai les pattes si tu m’approches…. ». Cassius était resté stoïque, comme toujours, le regard au loin, la tête haute.

On ne comprenait pas pourquoi Jacqueline était aussi méchante. Son mari avait toujours été tellement gentil, il était tellement apprécié par tous… Comment avait-il pu la supporter tout ce temps ? A sa mort, on s’était même souvent dit que tant mieux là où il était il serait tranquille, elle viendrait plus l’emmerder. Même avec ce beau Cassius elle trouvait le moyen d’être infecte. Bête et méchante, cette femme-là devait avoir le diable dans le sang. Cela expliquait tout : les injures, les cris, et ses yeux exorbités dès qu’on l’approchait. Elle était possédée. Cette idée avait tellement fait son chemin dans l’esprit général que plus personne ne se souciait de savoir si elle mangeait assez et ne manquait de rien. A une époque, une jeune femme blonde et élancée venait deux fois par semaine lui apporter quelques légumes et des médicaments, mais elle ressortait toujours de la maison d’une pâleur étrange, muette et pressée, se tordant les mains, et avait fini par ne plus venir. Si bien que Jacqueline se retrouvait totalement seule dans son antre, ce dont elle semblait d’ailleurs s’accommoder puisqu’elle ne demandait jamais rien à personne et fuyait de son mieux ses compères.

Un jour pourtant, on s’était inquiété. On n’avait pas vu Cassius depuis plusieurs jours, et les voisines commençaient à se demander s’il ne lui était pas arrivé malheur. On soupçonnait Jacqueline d’avoir porté le coup de trop sur ce pauvre matou dans un moment de démence pire que les autres et de se terrer chez elle par peur des représailles. Une certaine tension s’était installée dans le village, l’on sentait les regards appuyés, l’atmosphère pénible et pesante, les remarques pleines de sous-entendus.  Le ciel s’y mit aussi, se faisant bas, lourd, accablant et gonflé sur la terre, l’on aurait pu le crever du doigt et le laisser se répandre sur le village en une bouillie flasque. Puis il y eut les discussions à voix basse, les conciliabules secrets, les rencontres tard dans la nuit pour décider de ce qu’il fallait faire. Agir. Les voisines n’avaient que ça en tête. Se venger, l’empêcher de nuire. Se débarrasser pour toujours de cette possédée, de ce danger permanent pour leurs enfants. Mais il fallait faire attention, être méfiant, ne pas se précipiter, on ne savait pas ce qui pouvait se passer avec cette vieille folle agressive. On décida qu’il fallait attendre, encore une semaine, en maintenant une surveillance accrue sur la maison de la possédée, jour et nuit pour voir si elle ne profitait pas de l’obscurité pour faire disparaître le corps de ce beau Cassius. Pendant une semaine, pas une heure ne passa sans qu’on surveille de loin les rideaux, les fenêtres, le jardin envahi de ronces de Jacqueline. La nuit, l’on organisa des tours de garde, et ceux qui les prenaient n’avaient en tête qu’une seule sombre préoccupation. Faudrait-il lui parler, faudrait-il la frapper, faudrait-il l’arrêter, faire venir le bourgmestre, l’on n’en savait trop rien, il faudrait aviser voilà tout .

Les sept jours fatidiques passèrent.

Pas une lumière, pas un mouvement, et pas un bruit. Rien qu’une ombre qui s’était déployée sur le village, dans toutes les maisons, tous les jardins. S’était insinuée dans les esprits. Avait rendu les corps fébriles.

Et le jour arriva.

L’on se réunit avant l’aube sur le parvis de l’église. Chacun avec sa fourche, chacun avec sa croix. L’on alluma les torches. Les flambeaux se déployèrent jusqu’au sommet du clocher, leur lumière éclata en flammèches incandescentes, plongeant les rues dans une chaleur infernale. Les visages étaient tirés, et les flammes y faisaient naître des ombres aux contours irréels. L’on se regarda. Et d’un air entendu, l’on partit.

Marchant d’un même pas.

Traversant le village en cadence.

Et la maison du bout de la rue se rapprochait. Et les poings se serraient. Et les lèvres se pinçaient.

Pas un souffle.

Pas un bruit, seule l’odeur du feu.

Deux coups sur la porte.

Rideaux tirés, portail fermé, obscurité zébrée par le feu.

De nouveaux coups.

Respiration.

 

Pas un mot.

 

Les coups de hache sur la porte, en cadence. Le bois qui craque, le bois qui cède.

Le chat. Blanc, gros, gras.

Couché sur la table. Se léchant les pattes avant, griffes dehors.

Ronronnements de plaisir. Contentement, satisfaction. Une deuxième fois.

Le sang.

Sur les murs, sur le carrelage, sur la table. Les vêtements déchirés, par terre, sur le fauteuil.

La boîte de mort-aux-rats tombée du dessus de l’armoire, éventrée, renversée. Le bol de soupe. Une deuxième fois.

La mantille noire posée sur le dossier de la chaise. La cuillère tombée par terre. Une deuxième fois.

Et Jacqueline, morte la tête dans son bol de soupe. Le corps, le visage, déchirés, empoisonnée, déchiquetés, constellée de griffures récentes et anciennes. Zébrée de cicatrices et de marques.

Le chat.

Infernal.

La Bête. Le regard en flammes et les griffes dehors. Sa tête qui se tourne lentement. Et l’on jurerait qu’Il sourit, et l’on jurerait qu’Il rit.

 

 

Le feu.

 

 

Les flammes.

 

 

Les cris.

 

 

Et le rire .

 

Infernal. Démoniaque.


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1. posté par superpoulette le 13 May 2008 23:28:08. Voir son blog
pfiuuu mazette... j'aime bien le rythme ternaire, âpre, de la fin...

miam encore

2. posté par jade494 le 28 May 2008 22:08:46. Voir son blog
Sombre à souhait ... J'adore.


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